De chef cuisiner à Président d’association, il n’y a qu’un pas. Damien Cottin l’a franchi. Portrait d’un homme volontaire qui, avec Visio Handicap, a ouvert un nouveau chapitre de sa vie.

Avant d’être le Président de Visio Handicap, Damien Cottin, bientôt 36 ans et futur papa, a été gymnaste. « Ma première passion était la gymnastique. » Des aptitudes certaines qui lui permettent de suivre un parcours scolaire où le sport est omniprésent. C’est au sein d’une filière sport études qu’il développe ses talents. Brillant, il rejoint l’équipe de France. Il y restera pendant quatre ans. Il participera entre autres aux Championnats d’Europe. L’amour du risque ne l’a pas quitté. Il consent simplement moins surfer sur la vague des risques mais raffoler du « snowboard ».

Très tôt, il quitte le nid familial

Une fois cette étape de sa vie terminée, une autre passion occupe une place prépondérante dans sa vie : la cuisine. Ou plus exactement « l’amour du travail bien fait ». A 16 ans et demi, il parvient, grâce à un contrat offert aux mineurs, à travailler dans un fast-food et à gagner « son propre argent de poche ». A 18 ans, il quitte la demeure familiale… Non sans avoir au préalable rassuré ses parents, surtout sa maman, avec un argument solide : « On ne manque jamais de travail dans la restauration. »

« J’ai toujours été poussé vers l’excellence »

Titulaire d’un BEP et d’un CAP d’hôtellerie-restauration, cet ancien chef avoue sans détour n’avoir aucun plat privilégié. Lui ce qui le passionne, c’est « la technique ». La faute en incomberait à l’éducation reçue : « Je suis fils unique. J’ai toujours été poussé vers l’excellence. »

A 21 ans, il pose ses valises à Paris et devient l’un des employés d’Alain Ducasse. La réouverture du restaurant Jules Verne en haut de la tour Eiffel ? Il l’a vécue… Damien Cottin a aussi travaillé dans un décor de rêve. Sur un yacht pour un milliardaire. « J’ai pour habitude de me concentrer sur quelque chose et de la faire à fond. La cuisine est un art à part entière. C’est beaucoup de chimie avant tout. La France a cet avantage. Elle a tout codifié. Chaque groupement de population a ses propres habitudes concernant la cuisson. Le principe de la cuisson est intéressant. Il rejoint celui de la conservation. A la base, c’est de la physique-chimie, tout ça. »

Fils de marin, son enfance est rythmée par les déménagements. La vie lui a réservé une mauvaise surprise il y a quelques années : une simple paire de lunettes correctrices ne suffira pas à traduire pour ses yeux la beauté des paysages. Les premiers temps, il parvient à déjouer les gênes causées par sa maladie. Trois ans après le diagnostic, il n’y parvient plus. Atteint d’une maladie dégénérative rare, la maladie de Stargardt, Damien Cottin est contraint de vivre avec son handicap.

Une formation pour vivre de sa passion : la cuisine

D’une persévérance extrême, l’homme rebondit. Pour continuer de vivre de sa passion, la cuisine, il choisit de réaliser un bilan de compétences. Le but étant de valider son projet de formation. Sésame indispensable pour débuter une formation et pouvoir, avec l’appui et le soutien de ses parents, ouvrir une maison d’hôtes. Psychologue d’origine, la personne qui le suit lui ouvre des portes insoupçonnées grâce à son jugement. « Je ne me doutais pas de ce que ça pouvait faire. Elle est parvenue à la conclusion que ma caractéristique première était de m’intéresser aux choses, de les décortiquer et de les développer. Selon elle, entrepreneuriat était fait pour moi ! »

Deux ans plus tard, Damien Cottin reconnaît que cette personne n’avait pas tord. « J’ai besoin de faire quelque chose qui me passionne plus que la cuisine. » Le projet qu’il développe actuellement était supposé l’aider à accueillir dans des conditions optimales des personnes visuellement déficientes dans sa maison d’hôtes. L’outil qu’il entend proposer a l’avantage de pouvoir être développé demain. Sous les encouragements du médecin qui le suit au centre de rééducation ophtalmologique, il décide de créer une association afin de participer à un concours qui lui permettrait de réaliser un prototype. Des outils existent pour les déficients visuels mais les coûts importants requis ne permettent pas aux cibles d’en bénéficier.

Visio Handicap : une association pour porter un projet fort

Pour ce faire, Damien Cottin demande l’aide de son voisin de pallier. Peu après, des amis les rejoignent. Ensemble, ils montent un projet. L’association Visio Handicap naît le 16 février 2016. Si leur dossier n’est pas finalement pas retenu pour le concours visé, leur plan se développe peu à peu. « Notre manière de développer le projet a changé et est devenue une paire de lunettes connectée avec une application téléchargeable pour le plus grand nombre. » Seul hic ? Les bénéficiaires sont majoritairement âgés de plus de 50 ans. Une cible pas particulièrement amie avec les nouvelles technologies. « Notre prototype nous a amené à développer des lunettes pour qu’elles fonctionnent dans des lieux spécifiques comme les musées, les écoles, etc. »

Aidés des Juniors-entreprises, leur technologie évolue et aide de futurs ingénieurs à valider un projet dans le cadre de leurs études. Mieux, les solutions proposées sont vues comme innovantes et intéressent des personnes touchées par d’autres handicaps.

La plus belle leçon de Damien Cottin n’est peut-être pas à chercher du côté des nouvelles technologies qui le passionnent mais dans la leçon de vie qu’il offre. Pour profiter davantage de la vie, il faut savoir s’ouvrir aux autres. Aider une personne dans l’incapacité de réaliser une action simple seule, c’est un acte solidaire et citoyen…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *