Ma rencontre avec Anne Roumanoff

Jeune Correspondante locale de presse, j’ai eu la chance d’assister et de constater, suite à cette représentation, le professionnalisme d’Anne Roumanoff. Aujourd’hui encore, je repense à ce moment avec émotion. La rencontre avec la « dame en rouge » m’a émue. Elle a aussi marqué un tournant dans ma carrière. Vivre de ma plume était à ma portée… Faire mes classes comme Correspondante de presse avait porté ses fruits…

Je n’oublierai jamais ce coup de téléphone reçu en 2007… Des brides de conversation résonnent encore dans ma tête. Florence Delsinne, l’adjointe au chef, me demande si je suis libre pour toute la soirée et si j’accepterais d’assister au show d’Anne Roumanoff se déroulant à la salle des fêtes d’Avesnes-sur-Helpe. C’est la seule fois où je suis restée sans voix aussi longtemps… Quelle surprise ! Après avoir répondu à de nombreuses commandes et proposé des sujets diversifiés, la rédaction m’estimait désormais capable de traiter des sujets destinés aux journalistes. Qui plus est un sujet inhabituel : le compte-rendu d’un spectacle d’une professionnelle de la scène qui s’apprêtait à célébrer ses vingt ans de carrière !

La dame en rouge

De tous les humoristes en vogue à l’époque, seule « la dame en rouge » m’a toujours interpellée. Parce qu’elle seule sait mettre en scène le pronom personnel « on » avec un talent inégalable ? Probablement. Parce qu’elle sait aussi viser tout le monde sans jamais dévoiler ses opinions. Parce qu’elle seule parvient sur scène à l’aide d’un décor minimaliste à faire penser le public : problèmes, dysfonctionnements, sujets d’actualité. Rien n’échappe à A. Roumanoff. A travers le petit écran, cette capacité à parler de tous sans jamais montrer du doigt m’avait déjà intriguée sans que je parvienne à cerner totalement le personnage. Là, enfin, mes impressions allaient être affirmées ou infirmées… La joie de réaliser ce reportage était d’autant plus grande qu’il signifiait également que mon sérieux et mes capacités rédactionnelles étaient reconnus au sein de la rédaction.

Un lever de rideau interminable

Pomponnée, comme pour me rendre à un premier rendez-vous, j’ai franchi le seuil de la salle de spectacle avec émotion. Jamais un lever de rideau ne m’a semblé si long… Lorsqu’enfin l’artiste a occupé le devant de la scène, je me suis dit que je ne vivais pas un rêve. C’était bel et bien moi assise au balcon qui allais assister à son spectacle. Moi, simple lambda, qui avait osé un jour postuler pour un poste de Correspondante de presse simplement par audace, allais rendre compte d’une actualité dans un article de journal telle une journaliste.

Une actrice facilement abordable

Vulgariser, expliquer et commenter cet événement avec brièveté et clarté tout en attirant l’attention du public avec un titre évocateur et de jolis clichés ont été mes mots-clés pour réussir ce challenge. Pour ce faire, j’ai pu compter sur une alliée inattendue : Anne Roumanoff. Après un show de quasiment deux heures, la star s’est prêtée au jeu des autographes avec tous ses fans et n’a surtout pas hésité à prendre ma défense lorsque son garde du corps m’a demandé d’arrêter de la photographier. Pour moi, il n’était pas possible d’achever ma mission sans obtenir une photo d’elle souriante. Lorsqu’elle a entendu que j’étais Correspondante de presse, elle a non seulement pris ma défense auprès de son employé mais a aussi pris la pause pour me permettre de faire correctement mon travail. Son professionnalisme et ses attentions à mon égard m’ont profondément marquée.

A elle seule, cette star incarne un exemple que de nombreuses personnes devraient suivre. Son comportement témoigne d’une certaine sagesse, plus exactement d’une justesse qui m’a appris qu’en établissant des rapports réels et basés sur la confiance les relations avec la presse, tout peut bien se passer.

Lire le monde avec intelligence

A bien y réfléchir, sur scène, son attitude ne diffère guère. Elle veille à respecter chaque individu en n’oubliant personne dans ses sketchs. Le spectateur retrouve, par conséquent, des généralités qu’il a déjà entendues ou pensées. Une touche d’authenticité dont raffole le public. Pour moi, le secret d’Anne Roumanoff pour perdurer est sa capacité à lire et à comprendre le monde avec intelligence. A la fin du spectacle, mes convictions étaient affirmées : cette humoriste est unique.

Cette finesse d’esprit et sa capacité d’analyse m’ont, enfin, poussée à entreprendre des recherches et à m’essayer à un exercice assez compliqué : la réalisation d’un portrait. Un individu a parfois besoin de s’imaginer ou de se représenter une personnalité le plus précisément possible afin d’étayer son jugement. Entreprendre des recherches sur Anne Roumanoff m’a aidée à mieux la comprendre. En effet, les premières années n’ont pas été simples. Son talent n’était pas reconnu. A mon avis, elle n’a jamais oublié ce temps et use de la généralité afin de ne pas voir le vent tourner. Elle veille aussi scrupuleusement à sa vie privée. Seuls les mieux informés savent qu’elle a été mariée à son producteur et est mère de deux enfants, elle n’aborde simplement jamais cette partie de sa vie devant la presse.

Cet exercice était une première qui a donc enrichi mes savoir-faire, mes compétences rédactionnelles tout en en m’obligeant à utiliser mes connaissances acquises lors de la lecture de portraits dans Libération. Désormais, je m’attache plus que jamais à lire le monde comme Anne Roumanoff : avec intelligence et sous tous ses angles…

Aurélie HAZARD

http://www.anneroumanoff.com/

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